La défense massive est un humanisme

La défense massive est un humanisme

Défense massive à Paris - 23e chambre

  • 10 avril 2026

59 ans. 31 mentions au casier judiciaire dont une vingtaine de condamnations en comparution immédiate assorties d’un mandat de dépôt. Poursuivi pour trafic de stupéfiants en récidive. Un état de santé catastrophique et une attestation d’hébergement mi-chèvre mi-chou d’une association pour seule garantie de représentation.

À sa sortie du tribunal, il nous confiera que c’est peut-être la 2e ou 3e fois de sa vie qu’il sort d’une juridiction par ses propres moyens*.

Nous étions neuf à le défendre vendredi : 4 élèves-avocats et 5 avocats. Un investissement humain riche en rebondissements procéduraux (tribunal saisi de 8 exceptions et incident qu’il n’a pas voulu examiner, suspension d’audience pour faire intervenir les « huiles », donné acte) et dont l’aboutissement concret sera un renvoi d’office avec un placement sous contrôle judiciaire prévoyant en tout et pour tout une obligation de soins.

Un jugement de Salomon qui laisse en suspens l’ensemble des questions de droit que nous avons soulevées mais qui préserve l’essentiel : la liberté.

Prochain chantier en comparution immédiate : faire admettre que le renvoi d’office assorti du refus d’examiner les exceptions de nullité relatives à la retenue au dépôt et à la saisine du tribunal est contraire à l’article 5.4 de la CEDH.

*les pompiers l’ont pris en charge grâce au dévouement post-audience de deux consœurs et d’un confrère qui ont attendu sa sortie pour composer le 18.

Défense massive à Bobigny - 18e chambre correctionnelle

  • 16, 22 et 24 avril 2026

A Bobigny, l’autorité judiciaire est la guichetière de la liberté individuelle.

16 avril à 13 heures. Convocation des avocats pour l’examen d’une demande de mise en liberté avec un refus de comparution du prévenu ordonné par le président. 17 avril entre 2h et 3h30 du matin : débats au terme desquels le tribunal rejette TOUT (dont une QPC dont le parquet approuvait la transmission et un moyen aux fins de mise en liberté tiré de l’absence de titre de détention régulier… également approuvé par le parquet).

22 avril. Examen au fond du dossier entre 13h et 21h30 ; refus du tribunal d’examiner en premier lieu deux demande de mise en liberté avec avocats choisis et prévenus non extraits (pour libérer les confrères). QPC rejetées sans motivation malgré un délibéré d’une heure. Jonction au fond de l’intégralité des exceptions et incidents (y compris une demande de comparution en dehors du box motivée par l’impossibilité d’échanger librement en raison de la proximité immédiate d’autres prévenus et de policiers), refus initial de laisser plaider un élève-avocat, rejet de l’ensemble des moyens de défense et distribution de 7 années de prison aux trois prévenus (dont la révocation d’un sursis simple prononcé en 2018) en… 1 heure de délibéré. Aucune motivation. Circulez.

24 avril. Autre dossier. Équipe de défense prête dès 13 heures. 13h30 : malaise au dépôt du prévenu et transport à l’hôpital. Avocats sans nouvelles font le pied de grue dans la salle jusqu’à 21 heures 45. 22 heures, avocats font le point à l’ordre des avocats… et apprennent que le dossier a été pris en leur absence et que le tribunal délibère. Retour en catastrophe en salle d’audience. Demande de réouverture des débats. Greffe et parquet disent que les avocats ont été « cherchés sur le parvis ». Retour du tribunal. Levez-vous. Re-demande de réouverture des débats. Le président hausse le ton : Non, assis, couchés. « Monsieur le président, c’est minable ». Il débite son délibéré puis se carapate avec ses assesseurs. Les avocats qui patientent depuis près de 9 heures ne seront pas entendus… pas plus que le justiciable, toujours à l’hôpital. Pas de débat, pas de contradiction, pas de problème : renvoi et CJ-nonosse.

Bientôt, ces gens-là homologueront des peines de réclusion criminelle sans débat.

Ne jamais leur tourner le dos.

Ne jamais renoncer à défendre.

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Publiée le : 03/09/2026

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